Remise de la légion d’honneur à Anne Blanc

J’ai eu le grand plaisir ce matin, aux côtés de la députée Marie-Lou Nancel, d’avoir pu […]

J’ai eu le grand plaisir ce matin, aux côtés de la députée Marie-Lou Nancel, d’avoir pu faire chevalier dans la légion d’honneur Anne Blanc, maire de Naucelle et présidente de l’intercommunalité du naucellois, que j’ai eu le bonheur d’apprendre à connaître lors d’un de mes déplacements officiels. Un parcours atypique, un engagement déterminé et une énergie impressionnante au service du développement du territoire et des habitants, une personnalité généreuse, une élue exemplaire. Très émue d’avoir été celle par qui la République lui exprime sa reconnaissance.


 

>Lire le discours que j’ai prononcé à cette occasion :

Madame la députée, chère Marie-Lou (Marcel),

Madame le Maire,

Mesdames et messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour rendre un hommage républicain au parcours d’Anne Blanc, au cours de cette cérémonie à la fois intime, chaleureuse et émouvante. La distinction qui va, chère Anne Blanc, vous être remise au nom du Président de la République française, récompense « l’éminence des services rendus à la collectivité nationale ». Elle vient saluer les mérites de celles et ceux qui ont œuvré en faveur de l’intérêt général. La remise de ces insignes vous inscrit dans une longue lignée de citoyennes et de citoyens qui, depuis plus de deux siècles, ont bâti, pierre après pierre, le grand édifice de nos institutions, de nos traditions culturelles, économiques, sociales, dans le respect des valeurs auxquelles nous sommes attachés : l’égalité, la fraternité, la solidarité et la justice sociale. Elle est aussi le reflet d’une époque, parce qu’elle a su s’adapter à toutes, pour dépasser les crises et les retournements de l’histoire et incarner cette grandeur collective à laquelle chaque promotion vient donner de nouveaux visages et de nouveaux parcours. Aujourd’hui, la légion d’honneur s’efforce de mieux représenter les mutations de la société en mettant à l’honneur des chefs d’entreprise, des ingénieurs, des chercheurs, des techniciens, des professions libérales, des acteurs de l’économie numérique, mais aussi des bénévoles, des associatifs, qui concourent tout autant au bien commun et, enfin, davantage de femmes, conformément à l’objectif de parité établi en 2007, que je ne peux que saluer.

 Anne Blanc, votre très beau parcours, votre engagement au service des autres, commence d’abord bien loin du Naucellois, au Brésil, où vous passez deux ans, de 1990 à 1992 avec votre mari. Lui médecin, vous infirmière, vous travaillez comme coopérante dans un hôpital en Amazonie. Vous le dîtes vous-même, cette expérience sera déterminante pour la suite. Vous y apprenez un mélange de responsabilité, d’humilité mais aussi de bonheur, au contact de « gens heureux alors qu’ils vivent avec si peu », comme vous le dîtes. C’est une de ces expériences qui repositionnent la valeur des choses, qui permettent de distinguer l’essentiel du superflu, l’important de l’accessoire, qui, en un mot, donnent du sens à l’existence. Et je sais qu’elle sous a servi de boussole dans vos engagements futurs. Peut-être y faîtes-vous alors le même constat que Claude Lévi-Strauss, qui écrivait 35 ans plus tôt dans Tristes Tropiques, un livre pétri de ses expériences brésiliennes : « Ce qui empêche l’homme d’accéder au bonheur ne relève pas de sa nature, mais des artifices de la civilisation. » Je vous laisse méditer cette citation !

 Arrivée à Naucelle, votre engagement au service de la collectivité commence par l’associatif, en tant que présidente du club de basket, mais plus largement, dans ce désir permanent d’aller vers les autres pour échanger avec simplicité sur ce qui fait le collectif. C’est ainsi qu’à l’occasion des élections municipales de 1995, alors que vous êtes déjà une figure connue et estimée du monde associatif local, vous décidez avec un groupe d’amis d’aller à la rencontre de vos concitoyens pour échanger sur l’avenir de la commune, sur les projets à mener en commun, alors trop peu nombreux à votre goût.

L’associatif aura ainsi été pour vous la porte d’entrée vers la politique, la racine de vos engagements futurs. Elle leur donne, je crois, une coloration particulière : le souci de la proximité, le goût de la clarté et de la franchise, et la conviction que des volontés assemblées peuvent faire changer les choses.

Des valeurs qui sont les vôtres lorsque vous devenez maire, en 2001. Cela tombe bien parce que l’échelon local, c’est avant tout celui de la proximité dans notre vie démocratique. Je sais que vous l’incarnez parfaitement.

Votre victoire aux municipales en 2001 est également l’occasion d’un renouvellement à Naucelle, puisque la plupart des membres de votre équipe n’avait jamais exercé de mandat local.

Aujourd’hui, le renouvellement est sur toutes les lèvres. S’il est parfois utilisé à des fins dangereuses ou de façon incantatoire par certains, il est pour autant un sujet absolument essentiel, par-delà les manipulations et les travestissements. Le renouvellement est une clé pour redonner sens au lien démocratique aujourd’hui mal en point. Et je veux le dire, les collectivités locales portent de plus en plus ce renouveau. Comme dans beaucoup d’autres domaines, c’est localement que s’inventent les solutions. Pourtant, les marges de progrès demeurent considérables et nous devons plus que jamais nous mobiliser pour soutenir cet élan. A titre d’exemple, et pour évoquer un sujet auquel je suis particulièrement sensible, celui de la féminisation, nous ne pouvons pas nous satisfaire qu’il n’y ait aujourd’hui que 16 % de femmes maires !

Anne Blanc, je suis également très sensible à votre engagement intercommunal, qui a permis à la communauté de communes du Naucellois de voir le jour, avec vous pour présidente. Vous le savez, je suis une intercommunaliste convaincue et je crois comme vous qu’il n’est pas profitable pour nos territoires de jouer la concurrence ou le repli défensif entre communes. Je crois au contraire que des intercommunalités dynamiques et soutenues par un réel projet de territoire permettent à l’échelon local d’être plus fort, de porter davantage de projets au bénéfice de tous et de créer des logiques de solidarité et d’inclusion entre les communes. C’est ma conviction profonde, celle pour laquelle je me suis battue en tant que députée, puis au sein du Gouvernement.

Vous voilà donc maire et présidente de communauté de communes. Vous faîtes alors un choix que je veux saluer : celui de renoncer à votre activité professionnelle pour être entièrement disponible dans vos mandats. C’est un choix courageux, qui témoigne d’un engagement et d’une implication de tous les jours, d’une volonté d’être à la hauteur des responsabilités que le suffrage vous a confiées. 

A la hauteur, vous l’avez été en menant des politiques ambitieuses pour renforcer l’attractivité du Naucellois, j’ai pu le mesurer lors de ma visite chez vous en octobre dernier : création de logements, incitations à l’installation de commerçants et diversification de l’offre commerciale, aménagements des espaces publics, mise en valeur du patrimoine, création de nombreux services à la population, en particulier pour les jeunes ménages, soutien au tissu associatif… Grâce à votre action, le Naucellois est aujourd’hui une ruralité qui vit bien, un territoire dynamique qui attire de nouvelles populations.

La qualité de votre action a été largement reconnue des autres élus locaux, mais aussi des acteurs socio-professionnels. Si bien que vous avez été élue, en 2006, présidente de l’Association du pays ruthénois. L’occasion de porter votre action à l’échelle de 57 communes, regroupant 90 000 habitants. L’occasion aussi de renforcer les liens qui unissent les communes et les intercommunalités de ce beau pays autour d’un espace de projets cohérent. Quatre grands domaines de réflexion et d’intervention ont été définis : le cadre de vie, l’environnement, le tourisme et la vie culturelle. Vous y avez mené de nombreuses actions d’une grande pertinence : schéma de services, emploi des jeunes, maîtrise énergétique, le projet « Habitat », prise en compte du handicap dans l’offre touristique, mise en valeur de votre culture et de votre patrimoine.

Enfin, je termine ce résumé de votre beau parcours par votre élection, en 2015, en tant que conseillère départementale du canton CEOR SEGALA. Au sein du conseil départemental, vous êtes membre de la commission aménagement du territoire et des infrastructures et de la commission de l’attractivité des territoires, de la ville, de l’économie, du tourisme et de l’agriculture.

Anne Blanc, je partage beaucoup de convictions avec vous : l’intercommunalité pour des territoires plus forts et plus justes, la nécessité d’un renouvellement de notre vie démocratique, la confiance, dure comme fer, dans la richesse et l’inventivité de nos territoires, la conviction que c’est à leur échelle que s’inventent les solutions qui fonctionnent. Et puis, tout simplement, la volonté de s’engager dans la vie des territoires, au service des autres. J’ai l’habitude de le dire, je le vérifie tous les jours, sans nos 500 000 élus locaux, la France n’aurait pas le même visage. Et je sais que sans vous, le Naucellois ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Je suis donc très heureuse d’être celle par qui la République vous exprime sa reconnaissance. Je souhaite qu’elle vous conforte dans la poursuite de votre engagement et qu’elle soit une source d’inspiration pour d’autres demain.

Anne Blanc, au nom du Président de la République et des pouvoirs qui me sont conférés, je vous fais Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur.