Remise de la légion d’honneur à Daniel DELAVEAU

Hier midi, dans les locaux de l’AdCF à Paris,  j’ai eu l’immense plaisir de remettre […]

Hier midi, dans les locaux de l’AdCF à Paris,  j’ai eu l’immense plaisir de remettre les insignes de chevalier de la légion d’honneur à Daniel DELAVEAU, ancien maire de Rennes.


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Nous sommes réunis aujourd’hui pour rendre un hommage collectif et républicain au parcours de Daniel Delaveau. Une telle cérémonie est toujours un moment d’émotion pour le récipiendaire, sa famille et ses proches.

La distinction qui va, cher Daniel Delaveau, t’être remise au nom du Président de la République française, récompense « l’éminence des services rendus à la collectivité nationale ». Elle vient saluer les mérites de celles et ceux qui ont œuvré en faveur de l’intérêt général. La remise de ces insignes t’inscrit dans une longue lignée de citoyennes et de citoyens qui, depuis plus de deux siècles, ont bâti, pierre après pierre, le grand édifice de nos institutions, de nos traditions culturelles, économiques, sociales, dans le respect des valeurs auxquelles nous sommes attachés : l’égalité, la fraternité, la solidarité et la justice sociale. Elle est aussi le reflet d’une époque, parce qu’elle a su s’adapter à toutes, pour dépasser les crises et les retournements de l’histoire et incarner cette grandeur collective à laquelle chaque promotion vient donner de nouveaux visages et de nouveaux parcours. Aujourd’hui, la légion d’honneur s’efforce de mieux représenter les mutations de la société en mettant à l’honneur des chefs d’entreprise, des ingénieurs, des chercheurs, des techniciens, des professions libérales, des acteurs de l’économie numérique, mais aussi des bénévoles, des associatifs, qui concourent tout autant au bien commun et, enfin, davantage de femmes, conformément à l’objectif de parité établi en 2007, que je ne peux que saluer.

La légion d’honneur est un symbole, un pan de l’histoire de France, mondialement connu.

Cette distinction vient, en ce qui te concerne, couronner un très beau parcours au service de ton territoire. Depuis plus de trente ans, tu en es une figure incontournable et un animateur infatigable. En parallèle de ta vie professionnelle, tu t’es êtes engagé dès 1983 dans la vie politique locale, en devenant adjoint au maire de Saint-Jacques-de-la-Lande. En 1989, après 6 ans à ce poste, en charge de l’urbanisme, tu es élu maire, lors des municipales de 1989. Brillant maire, puisque tu seras réélu en 1995 puis en 2001.

Au cours de ces mandats, des priorités se dégagent. La première c’est celle du logement. Un défi considérable à l’époque comme aujourd’hui, des dossiers passionnants, qui croisent quantité de problématiques et se révèlent un levier essentiel du vivre-ensemble. Je sais que tu n’as eu de cesse de proposer une politique ambitieuse en la matière avec, comme préoccupation constante, une plus grande mixité sociale. Ces ambitions en matière de logement, tu les portes également en tant que conseiller général d’Ille-et-Vilaine, à partir de 1994, et plus encore lorsque tu deviens vice-président en charge de l’habitat, du logement et l’action foncière, en 2004.

A partir de 2001, tu deviens président de la société d’économie mixte des transports collectifs de l’agglomération rennaise. L’occasion de t’investir dans un autre domaine qui marque tes mandats : les transports. C’est à ce poste que tu contribues à mener à son terme le chantier de la première ligne de métro léger de l’agglomération rennaise. Une réalisation emblématique, qui emporte la satisfaction d’usagers qui ne s’imaginent plus une seule seconde vivre sans aujourd’hui. Et pourtant, vous aviez essuyé d’innombrables critiques et affronté quantité d’oppositions à l’époque.

Et puis, en 2008, tu es élu maire de Rennes et président de Rennes Métropole, après en avoir été vice-président pendant près de 10 ans. Tu succèdes ainsi à cette haute figure de la Gauche rennaise qu’est Edmond Hervé ! Tu incarnes alors une génération d’élus locaux ; probe et déterminée à promouvoir une gouvernance vertueuse. Je veux saluer ton sens de la décence, de la dignité, mais aussi ton optimisme et ta confiance dans les atouts de notre pays. Je sais que ces valeurs tu les as puisé dans tes premiers engagements militants au sein des Jeunesse Ouvrière chrétienne et en tant que président de la Jeunesse étudiante chrétienne ; ces mouvements qui ont contribué à faire émerger un modèle d’élus local, responsable et humaniste, à ton image.

Ainsi, en tant que maire et président de communauté d’agglomération, le logement et les transports ont naturellement été tes priorités. Tu as eu à cœur de porter un ambitieux programme de création de logements, dont 50 % de logements aidés, à la hauteur de tes ambitions en matière de solidarité, de mixité et de vivre-ensemble. Dans le domaine des transports, ton projet le plus emblématique est évidemment la ligne b du métro, actuellement en construction.

Mais je n’oublie pas ton investissement en faveur des personnes âgées avec la construction d’établissements dédiés, ou encore ton ambitieuse politique culturelle et universitaire, dans un paysage déjà bien rempli : cité internationale Paul Ricoeur, conservatoire dans le quartier du Blosne… car Rennes, comme chacun sait, est l’une des premières villes universitaires et étudiantes de France. 8e par sa population étudiante, elle est fréquemment citée en tête des classements des villes les plus agréables à vivre pour les étudiants. Son excellence et son sérieux dans de nombreux domaines ne sont plus à démontrer. Mais Rennes, c’est aussi la fête. Un sujet qui donne généralement beaucoup de fils à retordre aux équipes municipales. Mais tu as su, avec tes équipes, être mobilisé sur ces dossiers, pour concilier les usages, assurer la tranquillité et la sécurité de chacun, notamment en mettant en place des équipes de médiation, une bonne pratique qui a inspiré d’autres villes.

Par ton engagement, cher Daniel, tu as largement contribué à faire de Rennes et de son agglomération un territoire d’innovation en matière d’aménagements urbains. Une politique courageuse en matière de logements, notamment social, une intégration réussie des infrastructures de transports et de nombreuses autres actions ont permis de conforter, à Rennes, un vivre-ensemble auquel tes concitoyens sont profondément attachés. Je n’oublie pas non plus tes premiers mandats à Saint-Jacques-de-la-Lande, ni au sein du Conseil général. Sans ta détermination et ton engagement depuis plus de trente ans, ces territoires n’auraient pas le même visage.

En 2012, tu as fait le choix de ne pas te représenter afin de « passer le flambeau ». C’est une très belle décision, que je veux saluer chaleureusement. Une décision exemplaire, que tu ne regrettes pas, je le sais, tant Nathalie Appéré, que je salue, est à la hauteur des enjeux et remplit son mandat avec brio. Plus généralement, tu as toujours eu à cœur de donner leur chance aux jeunes, aux femmes, et à plus forte raison aux jeunes femmes, je peux en témoigner.

Le renouvellement de la classe politique est aujourd’hui un sujet majeur, sur toutes les lèvres. Celui de sa féminisation également. Les deux sont évidemment liés et sont des opportunités que nous devons saisir pour redonner du souffle à notre vie démocratique. La féminisation est un combat qui me tient particulièrement à cœur, un combat que je porte et pour lequel il y a encore beaucoup à faire, particulièrement au niveau local, quand seulement 16 % des édiles sont des femmes ! Alors Rennes, vraiment, est un exemple. Non seulement parce que son maire est une femme, mais aussi parce que l’exécutif municipal a connu une importante féminisation et un rajeunissement.

Mais passer le flambeau c’est aussi transmettre. Et je sais que ton legs est une force pour Nathalie, qui façonne aujourd’hui une nouvelle étape de l’action municipale rennaise. Une action humaniste, une action de valeur et de conviction, que tu as incarné tout au long de ta vie politique.

Ce legs, je le ressens également à mon bénéfice, pour avoir travaillé à tes côtés en tant que président de l’AdCF. C’est toi qui m’as nommé Vice-présidente, et je ne pourrai jamais l’oublier.

C’est en 2008 que tu succèdes à Marc Censi à la tête de l’AdCF, là encore un illustre prédécesseur et le fondateur de cette belle association qui nous réunit aujourd’hui ! Tu es évidemment un « intercommunaliste » convaincu, une conviction que je partage, parmi beaucoup d’autres et que j’ai fortifiée à tes côtés et dans le cadre des riches débats que nous avons eus. Quel beau symbole d’ailleurs que d’avoir choisi ces murs familiers pour accueillir cette cérémonie ! C’est d’ailleurs sous ton mandat qu’a eu lieu cette belle démarche de rassemblement des associations d’élus et de mutualisation des compétences, ce qu’on appelle entre nous le fameux « Pôle Joubert ». Je tiens à la saluer. C’est toujours un plaisir pour moi que d’être ici, je m’y sens chez moi, au milieu de ceux avec qui j’ai mené de beaux combats et écrit une page essentielle de la décentralisation.

Il y a eu, sous ton mandat, des temps forts. Je veux les rappeler : le comité Balladur en 2009, la loi RCT en 2010, et puis en 2012, ces universités de Vendôme de l’AdCF, auxquelles j’ai eu le plaisir de participer à tes côtés ; autant d’évènements qui, chacun à leur manière, ont préparé les grands traits de la réforme territoriale que nous avons menée sous ce quinquennat, qu’il s’agisse du principe d’achèvement intégral de la carte intercommunale, ou encore du principe du fléchage pour la désignation des élus communautaires.

Ce fut un temps d’effervescence intellectuelle, d’émancipation du mouvement intercommunal, de propositions structurantes pour notre organisation locale. Je me souviens avec tant de plaisir de la convention de Montpellier en 2008, celle du passage de flambeau, matérialisée par cette belle poignée de main entre toi et Marc Censi, même si la tienne ce jour-là était légèrement plâtrée, si mes souvenirs sont bons ! Et toutes les autres conventions dont les débats ont toujours été aussi riches : Chambéry, Dijon, et Rennes bien sûr en 2011, pour ne citer qu’elles. Cette période aura permis de poser les jalons pour aller encore plus loin, avec la réforme territoriale menée sous ce quinquennat. 2008-2010 aura été un temps d’amélioration de la carte intercommunale avant même le vote de la loi RCT ; 2011-2014 aura été celui de la consolidation. Sans cela, nous n’aurions pas pu mener à bien le renforcement considérable du mouvement intercommunal, par les lois MAPTAM et NOTRe.

Pour autant, tout n’a pas été un long fleuve tranquille et je sais que tu as trouvé, en 2008, l’AdCF dans une situation parfois compliquée, marquée par des clivages internes. C’est l’époque d’un débat de fond (déjà !) sur la réforme territoriale. Et tu as réussi à relever ce défi et à incarner une présidence fédératrice. Je sais que tes qualités humaines y ont beaucoup aidé et qu’elles ont été particulièrement appréciées, tout au long de ton mandat par les équipes, qu’elles soient municipales, communautaires et également par celle de l’AdCF à laquelle je te sais attaché. L’organisation de cette cérémonie, ici, en ce jour, en témoigne. Ces qualités ont également contribué à une passation de présidence en 2014, avec Charles Eric que je salue, dans de bonnes conditions, fidèle à la tradition de l’AdCF : consensuelle, constructive, partagée. Cette tradition perdure aujourd’hui et il faut s’en féliciter !

Cher Daniel Delaveau, c’est ton engagement exemplaire, ton action déterminée et ton énergie sans faille qui sont aujourd’hui solennellement récompensés. Je suis très heureuse d’être celle au travers de laquelle la République t’exprime sa reconnaissance.

Daniel Delaveau, au nom du Président de la République et des pouvoirs qui me sont conférés, je vous fais Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur.